Pourquoi la France peine à recycler ses Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques – DEEE et comment s’en sortir ? 

Articles16 avril 2025

Ordinateurs, smartphones, petit électroménager… Les Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques (DEEE) forment le flux de déchets à la croissance la plus rapide au monde. Derrière leur apparente banalité, ces objets contiennent des ressources stratégiques (lithium, cobalt, or) mais aussi des substances dangereuses qu’il est indispensable de traiter correctement.

Or, la France collecte à peine 45 % des DEEE mis sur le marché, loin de l’objectif européen de 65 %. Pourquoi un tel décalage ? Et surtout, quelles pistes concrètes pour inverser la tendance ? 

État des lieux : une dynamique de collecte en progression… mais insuffisante 

Selon le dernier rapport d’activité d’Ecologic, 297 498 tonnes de DEEE ont été collectées en 2023, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente. Cette progression est tirée par : 

(c) Ecologic Rapport d’activité 2023

Mais malgré ces efforts, seule une fraction du gisement total est captée : selon la FEDERREC, ce sont environ 500 000 tonnes de DEEE qui ont été mises sur le marché en 2023. Le taux de collecte réglementée plafonne donc autour de 28 % – bien loin des standards européens. 

Des freins culturels, techniques et économiques 

La faible performance française en matière de recyclage des DEEE s’explique par une combinaison de freins structurels. Les circuits informels prolifèrent : entre la revente de seconde main, le stockage domestique (75 % des téléphones stockés étant encore fonctionnels) et les dons non tracés, une part importante des déchets échappe aux filières agréées.

Par ailleurs, des volumes significatifs continuent d’être exportés illégalement vers l’Afrique ou l’Asie, sous couvert de réutilisation, où ils sont souvent traités sans aucune protection pour les travailleurs ni pour l’environnement.

La sensibilisation du grand public demeure insuffisante : entre les incertitudes sur les consignes de tri, les inquiétudes liées à la confidentialité des données et l’attachement émotionnel aux appareils, les gestes de tri peinent encore à s’imposer.

Enfin les produits électroniques étant de plus en plus miniaturisés et difficiles à démonter, intégrant des composants imbriqués ou des substances dangereuses, leurleur traitement devient de plus en plus coûteux et complexe pour les recycleurs.  

Quelles solutions pour changer d’échelle ?  

Un levier stratégique pour la souveraineté matière française  

La France dispose de tous les outils pour transformer ses DEEE en véritable gisement de matières premières secondaires. Encore faut-il franchir un cap politique et industriel. Dans le contexte actuel, le défi n’est plus seulement celui de la collecte, mais celui d’un modèle intégré et traçable, au service d’une économie circulaire cohérente et résiliente.  

Pour aller plus loin 

Les médias en parlent 

Enjeux du recyclage des déchets électriques et électroniques. Tess Pozzi est administratrice de la FEDEREC, Fédération des entreprises du recyclage et responsable des relations institutionnelles Derichebourg Environnement. Romuald Ribault est directeur Marketing de Ecologic, éco-organisme agréé pour la gestion des déchets électriques et électroniques et vice-président de l’AGIT, Alliance Green IT. Avec nos deux interlocuteurs, nous avons échangé sur le fonctionnement du traitement et du recyclage des déchets électroniques ainsi que sur les enjeux actuels et à venir comme l’export illégal vers des pays pauvres. 

Les DEEE, enjeu d’économie circulaire. Les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) constituent une parfaite illustration des enjeux économiques liés à la gestion de ce type de déchets.